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EXTRAITS DU LIVRE

 

Le jour du marché.

Le mercredi, les activités et animations s’étendaient dans tout le village. Il y avait beaucoup de monde ce jour-là dans les rues,sous les arbres où des groupes discutaient à haute voix, devant la maison du médecin, dans les épiceries qui étaient prises d’assaut,à la boulangerie devant laquelle une file interminable d’Arabes patientait afin de s’approvisionner en pains pour la semaine. Aïssa

le boulanger, oeuvrant auprès de son four depuis le milieu de la nuit, réalisait des heures durant un véritable exploit pour satisfaire sa nombreuse clientèle. Il était heureusement aidé dans sa lourde tâche par son frère Rabbat. Ce dernier pouvait être facilement repéré, au milieu de la cohue se bousculant à la porte du magasin,grâce à sa grande taille et surtout à son bonnet, plus exactement sa chéchia rouge, d’où son surnom de « Kebouss hamra »

Chapeau rouge.

 

 

Café épicerie de Gustave et boulangerie d’Aïssa avec son tas de bois pour alimenter le four à pains. Au second plan, la maison de Solange.

Le coeur des échanges commerciaux se situait dans la partie basse de la localité, au marché proprement dit. Il s’agissait d’un espace clos rectangulaire bien délimité avec deux accès principaux. Quand on pénétrait dans cette enceinte par l’entrée principale en passant sous un grand porche prolongé de part et d’autre par un muret surmonté d’une grille métallique, on pouvait remarquer sur la gauche : un mur imposant haut de plusieurs mètres en pierres taillées au milieu duquel un large escalier permettait d’atteindre le niveau supérieur et de déboucher sur la route départementale. Sur la droite : une grande halle couverte et dans son prolongement une suite de gargotes ou petits restaurants juxtaposés. Tout au fond, formant le

dernier côté du rectangle, de nombreuses échoppes s’étiraient en une ligne continue disposées les unes contre les autres, en fait, de petites épiceries, des boutiques diverses, des débits de boissons servant thé à la menthe, café, sirops…

 

 

 

Scène de marché le mercredi

 

Les moutons, abattus tôt le matin derrière le marché sous les oliviers, étaient dépecés, vidés, et leurs carcasses transportées sous la halle dans la zone boucherie pour y être suspendues à des rangées de crochets en fer ou débitées en quartiers afin d’être proposées à la vente.

On était frappé en pénétrant dans cet endroit, par les nuées de mouches dont le bourdonnement résonnait avec un bruit assourdissant. La viande, sur de grandes planches supportées par des tréteaux, était couverte de ces insectes qui semblaient se régaler. Il n’y avait pas bien sûr de conditionnement réfrigéré et il fallait que tout fût écoulé dans la journée. Celui qui franchissait le porche d’entrée se heurtait immédiatement à une foule compacte, joyeuse, bruyante, colorée, composée uniquement d’hommes qui allaient et venaient, déambulaient apparemment sans but précis entre les étals des marchands. Il était saisi par les senteurs riches et variées, fortes parfois entêtantes, qui l’envahissaient et le transportaient. Elles émanaient d’épices diverses, de plantes séchées, d’anis, de thym,

menthe, verveine, cumin, laurier… Une odeur de friture semblait l’emporter quand il passait à proximité d’un marchand de beignets appelés ftaïrs. L’homme qui les préparait, prenait dans un récipient une poignée de pâte souple prête à l’emploi, l’étalait habilement entre ses doigts, l’étirait avec ses mains, la projetait enfin dans une bassine d’huile bouillante chauffée sur un feu de bois. Le ftaïr servi ensuite dans une feuille de papier journal au

client était particulièrement bon, mais un peu lourd à digérer quand le gourmand insatiable se laissait entraîner à en manger plusieurs.

À proximité du marchand de beignets, un autre commerçant présentait sur une grande planche supportée et maintenue horizontalement par deux caisses, de la pâtisserie, des makhrouds, gâteaux faits à base de semoule de blé dur et de dattes écrasées, des zlabias, en forme de serpentins enroulés garnis de miel. Il vendait aussi de la pâte d’amandes, des dattes et figues séchées.

En se promenant ainsi entre les étals, l’odeur des brochettes que l’on faisait griller à côté de la halle devenait par moments très perceptible et ne pouvait qu’aiguiser l’appétit. Les marchandises proposées sur ce marché étaient variées. On y trouvait des épices aux couleurs multiples, des volailles vivantes enfermées dans des cages de fortune, des oeufs, du lait, des légumes, des fruits frais de saison, de la semoule, farine, pois chiche, lentilles, blé…

Ici, disposée en vrac sur une bâche, de la quincaillerie d’occasion ou retapée, des articles aussi divers que surprenants : de vieilles lunettes de vue, des monocles, des lorgnons, une théière en cuivre, des assiettes ébréchées, casseroles cabossées. C’était la

brocante locale.

 

 

 

« Un brocanteur » au marché le mercredi.

 

Là, dans un coin un peu retiré, assis à même le sol, un vieillard proposait deux poules aux pattes liées, six ou sept oeufs disposés sur un linge jauni par le temps ou mal lavé.

L’intérieur du marché concentrait l’essentiel de l’animation et la plus grande densité de population. On y circulait difficilement. Cependant le spectacle ne se limitait pas à cette seule zone. À l’extérieur, aux abords immédiats, régnait une grande effervescence due aux activités multiples.

Un marchand de boissons se tenait debout entouré de grands bocaux en verre remplis de liquides très colorés, roses, verts, jaunes. Ces couleurs vives constituaient certainement un argument de vente. À la demande du client, il versait à la louche, le breuvage désiré dans un verre qu’il rinçait ensuite à peine dans une bassine contenant de l’eau plus ou moins trouble, puis le

reposait devant lui pour le prochain service.

Chaque semaine, un « spécialiste » amenait une superbe

visionneuse en bois d’acajou. On pouvait voir à travers un viseur muni d’un objectif, éclairées par la lumière du jour en transparence sur un fond translucide, des photos couleur sépia de la guerre 14-18. On choisissait des lots de clichés, classés dans de grandes boîtes, il y en avait une collection importante. On les faisait ensuite défiler une à une manuellement dans l’appareil.

Ce pôle d’attraction rencontrait un vif succès et il fallait

s’acquitter d’une somme modique pour avoir le droit d’observer les documents, dix sous les vingt vues.

 

 

 

La toubiba

 

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